Appel à articles – Mobile, mode de vie – Anthropologie et Sociétés

Célia Forget (UQAM/U.Laval) et Noël B. Salazar (KULeuven) dirigent un numéro  de la revue Anthropologie et Sociétés sur le thème des mobilités modes de vie (lifestyle mobilities) analysées à travers la dichotomie de l’ici et de l’ailleurs. Qu’il s’agisse d’une volonté de reproduire un chez-soi ailleurs, d’un imaginaire véhiculant une certaine idée de l’ailleurs, d’une nostalgie d’un temps passé en lien avec une recherche de présentisme, d’une présence virtuelle (avec sa société d’origine) tout en étant dans un ailleurs (coupé de sa société d’origine ou tout au moins suffisamment éloigné pour être pensé comme différent), toutes ces manières de penser cette dichotomie à travers le choix d’un mode de vie mobile sont autant de pistes de réflexions susceptibles d’alimenter ce numéro.

Toutes les propositions d’articles en lien avec cette thématique sont les bienvenues. Date butoir pour soumettre les propositions : 1er mars 2018, à celia.forget@celat.ulaval.ca

Lien vers l’appel complet : Mobile, mode de vie – Revue Anthropologie et Sociétés – Appel à articles

Quartzsite, La posa, vue d'ensemble 3

Numéro thématique

Mobile, mode de vie : quand l’ici rencontre l’ailleurs

(titre provisoire)

 

Sous la direction de : Célia Forget (Université Laval et UQAM, Canada)
et Noël B. Salazar (KU Leuven, Belgique)

 

APPEL À CONTRIBUTION

 

 [C]orporeal travel of people, as being ‘on the move’ has become a ‘way of life’ for many.

Urry 2002 : 256

Mobile, mode de vie. Voici la thématique de recherche que nous proposons d’aborder dans un numéro spécial de la revue Anthropologie et Sociétés. Alors que la migration et le nomadisme ont été, et demeurent, des champs de recherche privilégiés de l’anthropologie, la mobilité tarde à être mise de l’avant alors même qu’elle est devenue centrale au fonctionnement de nos sociétés et aux nouvelles pratiques sociales[1]. Certes les mobilités, dites « subies », qui relèvent plus de la migration, sont abordées, mais qu’en est-il de celles dites « choisies »? Et parmi celles-ci, de celles qui en deviennent mode de vie? Ce sont ces mobilités modes de vie (lifestyle mobilities), trop souvent occultées, que nous souhaitons mettre de l’avant dans ce numéro.

À ne pas confondre avec les migrations de style de vie (lifestyle migrations) qui marquent une volonté d’établissement permanent dans un nouveau lieu, ou bien avec les mobilités temporaires qui ont une durée bien spécifique, les mobilités modes de vie ont, elles, un rapport continu et durable à la mobilité (Cohen et al., 2015). Cela s’explique en partie par le fait que le domicile devient lui aussi mobile, ou dans certains cas, inexistant, rendant l’expérience de la mobilité différente de toutes celles qui partent d’un point d’ancrage domicilaire, ce que Radkowski nomme l’« orientation domocentrique » (2002). La mobilité devient dès lors quotidienne, autant physiquement, mentalement, socialement que conceptuellement.

Ces modes de vie attirent de plus en plus de personnes sous des formes de mobilité différentes. Nous pensons entre autres aux grey nomads en Australie (Onyx et Leonard, 2005), aux Travellers (Frediani, 2009), aux full-time RVers en Amérique du Nord (Forget, 2012), aux backpackers (Cohen, 2011), aux nomades (numériques), aux Vanlifers, à ceux ayant un emploi exigeant d’opter pour un tel mode de vie, comme par exemple les forains (Terranova-Webb, 2010), et à tant d’autres qui ont fait le choix de vivre sur la route ou sur l’eau.

Si ces manières d’être mobiles sont pratiquées, incarnées, expérimentées et représentées de maintes façons (Cresswell, 2010), si les raisons qui mènent à tel un mode de vie sont elles aussi fort différentes, tous se rejoignent dans l’idée que la mobilité est pour eux une voie salvatrice pour une vie ailleurs et autrement, toujours pensée comme meilleure. Si cette idée première d’un ailleurs meilleur est un argument avancé par maints mobiles, il n’en demeure pas moins que l’« ici » reste fort présent dans leur nouvelle réalité de mobiles. Noël B. Salazar constate que coexistent dans la réalité quotidienne de ces nouveaux mobiles deux processus opposés : le désir d’être ailleurs ancré dans des imaginaires socioculturels et le désir d’appartenir et de se sentir chez-soi quelque part (2014 : 122). C’est à partir de cette réflexion dichotomique de l’ici et de l’ailleurs, spatial, temporel, que nous proposons d’aborder les processus en jeu dans ces nouveaux modes de vie mobiles.

Le rapport à l’espace des personnes, notamment son rapport au chez-soi, compris ici autant par l’habitation que par les racines, a été transformé par la mobilité (Butcher, 2010). Être chez-soi dans la mobilité, « l’enracinerrance » (Charles, 2001) ou home-on-the-move(Germann Molz, 2008); habiter la distance (François Paré, 2003) ; parler de rhizomes plus que racines (Deleuze et Guattari, 1980) sont autant de manières de penser ce rapport à l’espace vécu dans la mobilité. Les nouvelles technologies ont également transformé ce rapport puisqu’il est aujourd’hui possible d’être ici et ailleurs, ce que James Clifford (1997) nomme « dwelling-in-travel » ou « traveling-in-dwelling ». Qu’il s’agisse d’une volonté de reproduire un chez-soi ailleurs, d’un imaginaire véhiculant une certaine idée de l’ailleurs, d’une nostalgie d’un temps passé en lien avec une recherche de présentisme, d’une présence virtuelle (avec sa société d’origine) tout en étant dans un ailleurs (coupé de sa société d’origine ou tout au moins suffisamment éloigné pour être pensé comme différent), toutes ces manières de penser cette dichotomie de l’ici et de l’ailleurs sont autant de pistes de réflexions susceptibles d’alimenter ce numéro.

S’intéresser aux mobilités modes de vie, c’est tenté de saisir les conséquences qu’une telle promotion de la mobilité dans nos sociétés a sur des notions telles que la proximité et la distance, le proche et le lointain, l’arrêt et le mouvement, le soi et l’autre, l’ici et l’ailleurs (Urry, 2002). « A lens of lifestyle mobilities hence contributes to these quintessential questions of how we understand ourselves and relate to place in late modernity, by unpacking how identity constitution and notions of belonging and place attachment are affected by, and affect, highly mobile lifestyles (Cohen et al : 166).

Pour ce numéro, toute proposition d’article en lien avec la thématique des mobilités modes de vie et les questions de l’ici et de l’ailleurs soulevées dans cet argumentaire sont les bienvenues. Les articles, inédits, ne devront pas excéder 7500 mots (incluant les notes de bas de page et la bibliographie).

Soumettre une proposition

Les propositions d’articles doivent être soumises à celia.forget@celat.ulaval.ca avant le 1ermars 2018 et doivent comprendre, dans le format suivant :

– TITRE

– Prénom et Nom de l’auteur.e.

– Affiliation institutionnelle

– Courriel

– Biographie courte (max 10 lignes)

– Proposition (750 mots maximum excluant la bibliographie)

– Mots clés (6 à 8)

Les auteur-e-s seront avisé-e-s par courriel le 15 mars 2018 des propositions retenues comme celles non retenues. À la suite de la sélection, un résumé de 10 lignes sera demandé. Notez que l’acceptation de la proposition ne résulte pas systématiquement en l’acceptation de l’article et que l’approbation de l’article finalisé relève du comité de rédaction de la revue Anthropologie et Sociétés.

Calendrier

1er mars 2018 :           date limite pour l’envoi d’une proposition originale non publiée

15 mars 2018 :            envoi des réponses d’acceptation / de refus.

1er septembre 2018 : réception des articles complets (maximum 7 500 mots incluant les notes de bas de page et la bibliographie)

Aut.2018/Hiv.2019 :   évaluation des articles par les directeurs du numéro puis par au moins trois évaluateurs externes choisis par le comité de rédaction de la revue.

Printemps 2019 :        remise des textes finaux

Hiver 2020 :                publication du numéro

Références

Butcher M., 2010, « From ‘Fish Out of Water’ to ‘Fitting in’: The Challenge of Re-placing Home in a Mobile World », Population, Space and Place, 16, 1 : 23-36.

Charles J.-C., 2001, « L’enracinerrance », Boutures, 1, 4 : 37-41.

Clifford J., 1997, Routes: Travel and Translation in the Late Twentieth Century. Cambridge, Harvard University Press.

Cohen S.A., T. Duncan et M. Thulemark, 2015, « Lifestyle Mobilities : The Crossroads of Travel, Leisure and Migration », Mobilities, 10, 1 : 155-172.

Cohen S.A., 2011, « Lifestyle Travellers : Backpacking as a Way of Life », Annals of Tourism Research, 38, 4 : 1535-1555.

Cresswell T., 2010, « Towards a Politics of Mobility », Environment and Planning D. Society and Space, 28, 1 : 17-31.

D’Andrea A., 2006, « Neo-Nomadism : A Theory of Post-Identitarian Mobility in the Global Age », Mobilities, 1, 1 : 95-119.

Deleuze G. et F. Guattari, 1980, Mille Plateaux : Capitalisme et schizophrénie 2. Paris, Les Éditions de Minuit.

Faist T., 2013, « Debates and Developments. The Mobility Turn: A New Paradigm for the Social Sciences? », Ethnic and Racial Studies, 36, 11 : 1637-1646.

Forget C., 2012, Vivre sur la route. Les nouveaux nomades nord-américains. Montréal, Éditions Liber, coll. Carrefour anthropologique.

Frediani M., 2009, Sur les routes : le phénomène des New Travellers. Paris, Éditions Imago.

Germann Molz, J., 2008, « Global Adobe: Home and Mobility in Narratives of Round-the-World Travel », Space and Culture, 11, 4 : 325-342.

Onyx J. et R. Leonard, 2005, « Australian Grey Nomads and American Snowbirds : Similarities and Differences », The Journal of Tourism Studies, 16, 1 : 61-68.

Paré F., 2003, La distance habitée. Ottawa, Le Nordir.

Radkowski, G.H (De), 2002, Anthropologie de l’habiter : vers le nomadisme. Paris, Presses Universitaires de France.

Salazar N.B., 2014, « Migrating Imaginaries of a Better Life… Until Paradise Finds You » : 119-138, in Michaela Benson et Nick Osbaldiston (dir.), Understanding Lifestyle Migration. Theoretical Approaches to Migration and the Quest for a Better Way of Life. Londres, Palgrave Macmillan.

Terranova-Webb, A., 2010, Getting Down the Road: Understanding Stable Mobility in an American Circus. PhD Thesis, Département de géographie, Open University.

Urry, J., 2002, « Mobility and Proximity », Sociology, 36, 2 : 255-274.

 

[1] Voir entre autres à ce sujet les ouvrages de la collection Worlds in Motion.

Célia Forget
Professeure associée à l’UQAM
Coordonnatrice scientifique du CÉLAT
Pavillon Charles-De Koninck, local 5173
1030, avenue des Sciences-Humaines
Université Laval
Québec (Québec) G1V 0A6
Téléphone : 418 656 2131 #3588
celia.forget@celat.ulaval.ca
www.celat.ulaval.ca

 

Noël B. Salazar
Coordonnateur
IMMRC–Interculturalism, Migration and Minorities Research Centre
Parkstraat 45 – bus 3615
3000 Leuven
Belgique
noel.salazar@kuleuven.be

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