CFP: George A. Romero, l’œuvre dévorée ?

Appel à communication
Colloque international : George A. Romero, l’œuvre dévorée ?
Les 24 et 25 novembre 2022 à Montpellier
Date limite des résumés : 31 janvier 2022

L’exhumation, en 2019, du film The Amusement Park (1973), et sa sortie en salle en juin 2021, ont rappelé que George Andrew Romero (1940-2017) n’était pas seulement le créateur du zombie moderne, apparu en 1968 avec The Night of the Living Dead (La Nuit des Morts-Vivants). En abandonnant, à l’occasion de cette commande de l’église luthérienne, un vieil homme dans un parc d’attraction, où il souffrira humiliations et sévices en tous genres, le cinéaste de Pittsburgh continue à « tirer sur tout ce qui bouge » dans la société américaine, et reste fidèle à une esthétique baignant les figures gothiques du cinéma fantastique dans le réalisme le plus cru.

À l’image de cette ressortie tardive, et à l’aune d’une pandémie mondiale dont les images réactualisent l’univers romérien (contamination, vies zombifiées, villes et magasins désertés…), ce colloque se propose de décentrer le regard que l’on porte sur une œuvre dévorée en partie par les mort-vivants. De 1968 à 2009, dix films sur seize sont ainsi épargnés par cette créature, des sorcières de Season of the Witch (1972) à l’homme sans visage de Bruiser (2000), en passant par le vampire de Martin (1977) ou encore le singe tueur d’Incidents de parcours (Monkey Shines, 1988).

Il s’agira d’explorer ce pan méconnu de l’œuvre, qui va bien au-delà du fantastique et de l’horreur (on oublie que le deuxième long métrage de Romero, There’s Always Vanilla de 1971, est une comédie romantique), et de sortir de l’ornière idéologique et politique – en particulier la critique de la société de consommation et du patriarcat – dans laquelle les études consacrées à l’œuvre de Romero ont trop souvent été enfermées. Pour cela, le colloque a pour ambition de cerner ce qui fait l’originalité du geste esthétique du cinéaste, scénariste et monteur (souvent dévalorisé par rapport à ses collègues de la même génération, tels que John Carpenter ou David Cronenberg), tout en l’inscrivant dans son contexte de production et de création, notamment dans le champ du fantastique et de l’horreur cinématographique. L’œuvre pourra aussi être abordée par le biais d’enjeux politiques contemporains comme l’écologie.

La cohérence formelle (du scénario au montage, en passant par la mise en scène) et thématique (l’utopie, le couple, la communauté, la religion, la contamination…) de la filmographie sera étudiée par-delà la figure éprouvée du zombie. Le rapport de l’œuvre aux autres médias (notamment télévisuels et issus du newsreel), aux comics (Creepshow, 1982), à la littérature (Stephen King et La Part des ténèbres – The Dark Half, 1993 ; les chevaliers de la Table Ronde dans Knightriders, 1981), à la tradition gothique, etc., pourra aussi être interrogé.

Ancré dans la ville de Pittsburgh, ou exilé au Canada dans la dernière partie de son œuvre, le cinéma de Romero propose également une topographie/géographie cinématographique particulière où la place de l’humain en regard de l’urbanité est questionnée (Martin, film préféré de son auteur, en étant probablement l’exemple le plus frappant). En quoi les espaces romériens, par exemple, qu’ils soient urbains ou ruraux, fournissent-ils la matière à une esthétique (nostalgique ? parodique ? réaliste ? Poétique ?) et à une pensée politique propre au cinéaste, mais peut-être aussi caractéristique du cinéma et de la culture nord-américaine de la période ?

Finalement, comment « classer » le cinéma de Romero, apparu en 1968, entre influences des cinémas classique et moderne, voire post-moderne ? Comment le cinéaste s’approprie-t-il les genres (gothique, horreur, fantastique, road-movie, western, etc.) et quelles réécritures leur fait-il subir (Martin et le film de vampire, etc.) ? Si les films de morts-vivants ne seront pas écartés, les études d’œuvres dites « mineures » ou « méconnues » seront mises en avant, tout en questionnant leur place dans le cinéma américain contemporain et de genre. À ce titre, les études de la réception de ces œuvres seront aussi appréciées.

Cinéaste à la marge, véritable « maverick », mais aussi cinéaste « culte », Romero est souvent dépendant de budgets réduits qui conditionnent fortement l’écriture et la production de ses œuvres, oscillant entre liberté et contraintes (censures, etc.). Ainsi, comment ces conditions de production/création ont-elles façonné les films du cinéaste, jusque dans leur esthétique prenant parfois la forme de « guerilla filmmaking » ? Comment ces conditions affectent-elles un recours aux effets spéciaux « artisanaux » (la collaboration de longue date avec Tom Savini pourra être analysée), les choix de découpage et de montage, la direction d’acteurs (où les acteurs professionnels et chevronnés croisent les comédiens amateurs habitant à Pittsburgh, tel John Amplas et d’autres) ? Plus largement, l’œuvre de Romero s’appuie sur des collaborateurs fidèles et amis (Stephen King, Tom Savini, Dario Argento, Richard P. Rubinstein, etc.), qui tantôt participent à la création de l’esthétique romérienne (King, Savini) ou au contraire la défamiliarisent, voire la pervertissent (Argento). Nous souhaitons ainsi questionner les dynamiques collaboratives du cinéaste et voir comment son œuvre entière s’en nourrit.

Ce colloque se donne ainsi pour ambition de mettre finalement en lumière la face cachée d’une œuvre, derrière la figure parfois trop « cannibale » du zombie, en mobilisant des notions et des approches théoriques et méthodologiques novatrices dans le cadre de l’étude de cette filmographie.

 

Les propositions peuvent porter sur les points suivants :

• Analyse des films de Romero autres que ses films de zombie

• Nouvelles approches politiques de l’œuvre de Romero (approches écologiques, intersectionnelles, queer)

•  Contextes de production

• Cohérence formelle et thématique (au-delà de la figure du zombie)

• Liens entre l’œuvre de Romero et les autres médias (littérature, télévision, bande dessinée)

•  Les collaborateurs de Romero

• « Guerilla filmmaking » et ses méthodes

• Etudes de réception

• L’œuvre de Romero comme cinéma classique / moderniste/ postmoderne

 

Le colloque s’inscrit dans le cadre du programme « Films et séries : Politiques des formes audiovisuelles » du RiRRa21, en collaboration avec l’Université de Bourgogne-Franche Comté (CRIT) et l’Université de Grenoble Alpes (Litt&Arts).

Les conférences plénières seront assurées par David Church (Indiana University) et Sophie Lécole-Solnychkine (Université Toulouse Jean Jaurès).

Les propositions de communication (résumé de 200-300 mots, bibliographie indicative, courte bio) en anglais et en français sont à envoyer avant le 31 janvier 2022 à l’adresse : romeroreturns22@gmail.com
Organisation

Julien Achemchame (Université Paul Valéry Montpellier 3), Adrienne Boutang (Université de Bourgogne-Franche Comté), Claire Cornillon (Université de Nîmes), Pierre Jailloux (Université de Grenoble Alpes), David Roche (Université Paul Valéry Montpellier 3)

Comité scientifique

Frédéric Astruc (Université Paul Valéry Montpellier 3), Mélanie Boissonneau (Université Sorbonne Nouvelle), Christophe Chambost (Université Bordeaux Montaigne), Wickham Clayton (University for the Creative Arts), Hélène Frazik (Université de Caen Basse Normandie), Julia Hedstrom (Université de Lausanne), Barbara Le Maître (Université Paris Nanterre), Janice Loreck (University of Melbourne), Laura Mee (University of Hertfordshire), Denis Mellier (Université de Poitiers), Benjamin Thomas (Université de Strasbourg)

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